L'agenda de la revue

Pérégrinations à travers champs culturels

À la recherche d'une culture buissonnière où les chemins ne seraient pas tracés au cordeau... pouvant être de traverse,  menant en terra incognita . 

22 Novembre 2017, rencontre à la médiathèque d'Alès avec Gaëlle

Rencontre à la médiathèque d'Alès (30) avec Gaëlle responsable de la programmation... Mise en place d'un groupe de travail sur le thème du rôle des médiathèques face à l'industrie culturelle.  Les deux premières réunions auront lieu  le samedi 10 mars et le samedi 7 avril de 15h à 17h. 

La médiathèque est un des derniers lieux où l'on peut mener une réflexion sur les questions culturelles dans la société  d'aujourd'hui . En dehors du secteur marchand , elle est le lieu propice pour mener une réflexion objective et indépendante . 

1° Décembre 2017 : rencontre avec l'association Mélando à St Martin de Londres (34)

Melando est une association culturelle loi 1901, née en 2007 et installée  en Pic St Loup depuis 2009. 

La culture est une résistance à la distraction...Quand une association cite Pasolini dans la présentation de son programme,  on peut estimer qu'elle met en oeuvre une autre culture. Melando accompagne des artistes travaillant dans l'espace public en France  et à l'international mais aussi organise depuis 2010 , les rencontres  des cultures en Pic St Loup . Dans ce cadre, l'équipe met en oeuvre des projets artistiques participatifs qui associent les habitants . Ensemble, ils travaillent la ruralité, les problématiques du territoire , le cadre de vie, l'identité... (www.melando.org)

Le 16 janvier 2018 , rencontre avec Frédéric , du théâtre de l'Albarède à Ganges (34)

Longeant la rue de l'Albarède, j'avais l'habitude d'y voir la façade du théâtre qui, ma foi, ne payait pas de mine. J'y devinais, tout au plus, les restes d'une usine. Mais une fois à l'intérieur, la surprise fut au rendez-vous. Dans l'ensemble, un aménagement spacieux, moderne.Et pour ce qui regarde le spectacle, une belle et grande salle comprenant quatorze rangées de gradins (225 places) ainsi qu'un beau plateau. 

Pour en arriver là, il a fallu du temps (une trentaine d'années ) et de l'opiniâtreté. Au début, vers 1987, une équipe de bénévoles a eu l'audace de créer un lieu théâtral dans ce petit pays. Il faut savoir que la population gangeoise est d'environ 4000 habitants et que les environs ne sont guère peuplés. Malgré cette faible densité de population et un contexte économique difficile pour ce territoire rural, le théâtre est toujours là et en bonne santé. Quarante représentations sont programmées à l'année, avec la plupart du temps une salle comble . Cette fréquentatin est due à une politique tarifaire accessible et à une programmation exigeante. Étant subventionné, libéré des soucis de rentabilité immédiate, le théâtre de l'Albarède peut se consacrer à l'essentiel. Un cadre favorable pour Frédéric, le directeur, qui peut mettre en avant la notion de service public, pour lui fondamentale. 

 Les jeunes bénéficient prioritairement de cette politique culturelle, une bonne partie de la programmation leur étant destinée. Constitués en comité de spectateurs, ils sont même prescripteurs. Ils sont aussi 45 à suivre des cours de théâtre. Enfin un festival plein feu leur est consacré chaque année depuis sept ans. 
Le théâtre de l'Albarède durablement ancré sur son territoire est bien représentatif d'une culture de proxim
ité. 

(www.theatre-albarede.fr)

Salle theatre 2

le 16 janvier 2018, rencontre avec Bruno, directeur de la médiathèque de Ganges

Discussion à bâtons rompus sur l'industrie culturelle et le rôle des médiathèques...

 Nous n'avons pas à être contre l'industrie culturelle puisque par nature nous n'avons jamais été, et nous ne serons jamais dans le sillage de l'industrie culturelle.

 Nous ne sommes pas tenus d'avoir les dernières nouveautés, surtout si elles sont inintéressantes. Nous pouvons avoir, et nous avons ici des partis pris.

Deux propos  de Bruno qui donnent à penser que la médiathèque est un lieu à part, où l'on pratique la démocratie culturelle....un endroit où la culture n'est plus consommée mais discutée .

Une politique culturelle dans l'esprit d'Ex-Libris, le film de Frédérick Wiseman sur la "NEW YORK PUBLIC LIBRARY", programmé par la médiathèque au cinéma de Ganges. 

 

le 24 janvier 2018, Entretien avec le Festival Résitances (cinéma, rencontres et débats à Foix dans l'Ariège )

Le festival s'inscrit dans un esprit de résistance à l'image des terres sur lesquelles il a grandi...eh oui, l'Ariège est inscrite dans l'histoire comme une terre hérétique. Un terme qui par ailleurs, rappelle le titre d'un livre de Pier Paolo Pasolini: l'expérience hérétique. Dans ce livre il dit que la liberté spécifique du spectateur consiste à jouir de la liberté d'autrui. Il ajoute que le spectateur n'est autre qu'un autre auteur et qu'il est aussi scandaleux que lui.

Il y a vingt ans que le cinéma à Foix fait de la résistance. Depuis vingt ans il fait scandale en brisant les codes couramment admis. C'est programmé et clairement revendiqué: le festival est un levier pour l'esprit critique...il fait la promotion d'une culture subversive et cherche à briser les idées reçues.
Pour jouir d'une liberté d'esprit, pour retrouver une inventivité mise à mal par l'industrie culturelle, il faut aller à Foix, du 6 au 14 juillet, pour y voir une centaine de films rarement diffusés
.(
www. festival resistances . fr )

25 janvier 2018 Entretien avec Sylvère de Textes en cours , Montpellier

En écoutant Sylvère Santin, co-directeur artistique de Textes en cours, un évènement culturel créé à Montpellier par Lionel Navarro, j'ai été bien étonné d'apprendre que cette manifestation, qui en est à sa 6è édition, n'est pas du tout soutenue financièrement. Une manifestion culturelle sans moyens, sans subventions mais indépendante... On pense à de l'art pauvre. Ce qui n'empêche pas la créativité. Textes en cours est une évènement culturel très créatif puisqu'il est au coeur même du processus d'écriture. En effet durant quatre à cinq jours, le public vient entendre les premières moutures d'oeuvre en train de s'écrire, des textes en cours. 
Ces extraits qui ne durent pas plus de trente minutes, sont lus par des comédiens sympathisants, non rémunérés. Une bonne trentaine de textes en cours qui viennent de toute la France et de beaucoup plus loin. Mais le public n'entendra qu'une dizaine de textes en cours, ceux qui auront été sélectionnés . La lecture se fait dans des lieux conviviaux : une brasserie, un square et accessoirement dans un vrai théâtre . Un spectacle ludique où le public peut être là par hasard, étant de passage. Mais aussi un public averti aux antipodes d'un consumérisme culturel. Au total ils sont quatre à cinq cents spectateurs à se prendre au jeu, pour pas un sou. Tout cela est épatant semblent penser les officiels de la culture, mais c'et trop éphémère. Pensez donc, des bouts de textes, lus pendant quelques minutes, dans des lieux improbables, avec un public de passage, cela ne peut pas être un spectacle rentable. Effectivement la marchandisation de Textes en cours n'est pas évidente. C'est pourquoi, tant que cet évènement culturel  misera sur l'éphémère, il restera créatif, représentatif d'une culture authentique, vivante et très rare. 

(Texteencours.wordpress.com)

le 2 février 2018, entretien avec Sylvie d'Arlésie en Ariège

Arlésie... on ne se doute pas que derrière cette appellation se cache l'anagramme : réalise. Rendre réelle, effective, une culture de proximité, c'est bien ce que réalise Arlésie en Arriège, sur un petit territoire, l'Arize-Lèze, peuplé d'environ 10 000 habitants. 

Maintenant il reste à savoir à quoi ressemble une culture de proximité ? Si on en juge par ce que fait Arlésie, la proximité ne surgit pas du jour au lendemain, elle n'est pas qu'estivale ou festivalière, elle est à longueur de temps. L'action culturelle d'Arlésie se décline tout au long de l'année. Une fois par mois ou presque, un spectacle est proposé à la population de Daumazan, Sabarat, Saint-Ybars et des environs. Ce tempo lent, Arlésie le tient depuis des années, et depuis près de vingt ans le public reste fidèle à ces rendez-vous culturels. 
La culture de proximité c'est aussi pour Arlésie une culture qui favorise la convivialité, qui se partage avec des convives. Originalité, après chaque représentation le public qui le souhaite et les artistes partagent un repas concocté par un chef cuisinier, pas toujours étoilé, mais  soucieux de faire découvrir des saveurs inconnues. Alors les convives et les artistes se questionnent en se délectant...en somme une incarnation de la culture, la proximité par excellence.

Mais pour faire vivre une culture de proximité sur ce territoire rural, il faut toute l'abnégation et le militantisme des membres de l'association, car le budget d'Arlésie est tout à fait modeste. Et quand il est insuffisant il faut faire avec, comme toujours recourir au bénévolat, au troc... Misères et grandeurs de la culture non officielle. Et dire qu'en 2017 les crédits déconcentrés vers la direction régionale des affaires culturelles d'occitanie , n'ont pas été consommés en totalité (www.arlesie.asso.fr)

 

3 février 2018, entretien avec Jean Claude Decourt d'Utopimages, Hérault

Depuis 2006, Utopimages produit des films documentaires que l'on peut voir sur internet et qui nous alertent sur les méfaits de la surconsommation mise en oeuvre par le capitalisme. C'est un discours édifiant mais rugueux dans la mesure où il affirme que nous sommes reponsables, que le capitalisme est en nous, qu'il nous remplit, nous habite et qu'il faudrait le mettre à la porte pour redevenir humain. Mais voilà, si nous le délogeons il ne nous restera plus que du manque, du vide. Ce n'est pas la nature qui a horreur du vide mais l'homme. La fameuse angoisse existentielle et son évitement par la consommation boulimique. Une peur du vide récupérée et exploitée industriellement par un capitalisme devenu par cela même rassurant.

 Si tout cela est parfaitement vrai, ce n'est pas plaisant à entendre. Et les films d'Utopimages réalisés et pensés afin de mettre notre conscience à vif, sont d'un commerce difficile. Voilà pourquoi il faut les soutenir, les encourager en les regardanr bien sûr, et aussi en les achetant. D'autant qu'Utopimages fonctionne sur le bénévolat et ne reçoit pas de subventions. (utopimages.fr)

Le 13 février 2018, entretien avec Michèle du théâtre "dans les vignes" à Couffoulens (11)

Dans ce hameau de 42 habitants et dans cette étendue de vignes  se trouve un ancien chai réhabilité en théâtre, et qui plus est en theâtre à l'italienne de 150 places.

On sait que cette sorte de théâtre permet la proximité entre les artistes et le public .Les spectateurs peuvent voir le détail du jeu des comédiens et même se voir entre eux. En somme un théâtre à l'italienne qui facilite le voisinage. 

 Une architecture propice au rapprochement des spectateurs mais aussi un instrument au service d'une culture proche de la population, soucieuse de son identité. Car ici, la culture ne débarque pas toute faite, prête à la consommation. Bien au contraire, elle est enracinée. On pourrait presque dire qu'elle est ici, noueuse comme un pied de vigne. Michèle Heydorff met en scène avec des comédiens amateurs de longue date, des histoires locales, revisitées peut-être mais évocatrices pour les gens d'ici. 

Proximité d'un côté et exigence de l'autre. Le théâtre dans les vignes ne fait pas dans la facilité. Il choisit d'être à la marge, en dehors des circuits, et dans cet endroit perdu dans l'espace, Michèle Heydorff dit qu'ils peuvent prendre le temps nécesaire à la création. Une scène culturelle indépendante qui n'est ni conventionnée ni conventionnelle. Un lieu pluriel et familier où tous les langages artistiques ont leur place. Le public et les artistes ne s'y trompent pas , ils viennent là , régulièrement, pour se retrouver et échanger. Huit ans déjà que le théâtre dans les vignes marque son territoire culturel.

Une exception culturelle, d'autant plus exceptionnelle qu'elle s'est construite, dès le départ, dans la ferveur. Songez, 150 fauteuils achetés 300 euros pièce par des adeptes mécènes pour financer, en partie , cette aventure... En voilà qui ont souscrit à une culture de proximité et qui n'ont pas mis leur fauteuil dans le sens de l'histoire !http://www.letheatredanslesvignes.fr

jeudi 1° mars , entretien avec Églantine Jouve du théâtre de pierres à Fouzilhon (34)

Si l'art le plus parfait est celui de construire, alors oui, le théâtre de pierres a construit, pierre à pierre, un lieu de vie. À tel point qu'il est devenu, dans la région, un lieu de ralliement pour le spectacle vivant. Pour s'en persuader il n'est qu'à voir la programmation...de mars à novembre, tous les mardis, les spectateurs ont quelque chose à découvrir. À chaque saison, un large répertoire est proposé au public: du clownesque, de la danse, du théâtre contemporain, de la chanson, de la musique classique, des expositions... une diversité épatante et tout ça dans un village de 200 habitants !

Le théâtre de pierres , par sa jauge de 90 places , est une petite scène, mais une grande scène  par le nombre et la qualité de ses spectacles. D'ailleurs le lieu est très demandé par les artistes. Ils aiment venir ici, car ils sentent la présence d'un vrai public, à l'écoute. Concernant ce public Églantine Jouve évoque assez souvent la notion de brassage et elle précise que le théâtre de pierres n'est pas un lieu élitiste. Il faut comprendre qu'ici la culture populaire n'est pas un vain mot. Pour le théâtre de pierres l'important est d'être au milieu du village. Ce sont alors les trétaux d'été sur l'esplanade du village : une soirée conviviale, un spectacle familial suivi d'un pique-nique géant en musique puis d'un bal. Il faut aussi parler du dimanche où tout le monde raconte et de l'apéro conte AOC .

 Cette culture citoyenne explique que le théâtre de pierres soit soutenu, qu'il ait beaucoup d'adhérents et d'habitués. En fait, à réfléchir sur l'action du théâtre de pierres on s' aperçoit que la culture de proximité résulte d'une ambiance. Ici l'état d'esprit est celui du bénévolat, on n'entend pas parler d'entreprenariat culturel, de business plan et de marketing, mais on sent un désir de créer du lien social. Nous sommes une bande d'artistes dit Églantine Jouve...sans doute mais des artistes militants qui n'ont pas hésité à acheter en 2011, le théâtre de pierres qui  était à vendre, quitte à s'endetter pour 25 ans! Et pourquoi cette prise de risque? Pour nous faire plaisir dit Églantine Jouve! Les artistes, la chanson le dit bien , ils sont d'une autre race, ce sont des gens d'ailleurs. (www.theatredepierres.com)

Lundi 12 mars 2018, Entretien avec Joëlle Riboni, de la Limonaderie à Foix (09)

En Ariège (environ 150 000 habitants) et à Foix (environ 10 000 habitants) se déroule une expérience qui mérite l'attention des acteurs culturels. Joëlle Riboni, comédienne et metteuse en scène, fera-t'elle mentir le proverbe qui dit que rien ne pousse à l'ombre des grands chênes?

 La Limonaderie dont elle s'occupe est une petite scène de 50 places qui tente de prendre racine à l'ombre d'une scène nationale d'une capacité d'au moins 400 places. Une tentative qui défie les lois de la nature car la Limonaderie ne reçoit pas l'énergie lumineuse qui lui permettrait de faire croître les jeunes pousses. Au -delà de la métaphore il faut comprendre que la scène nationale, l'Estive, capte la plupart des subventions et qu'il est difficile pour les autres acteurs culturels, notamment la Limonaderie, de se contenter des miettes et de faire émerger, sans moyens, les artistes locaux qui pourtant ne demandent qu'à se professionnaliser. 

Toutefois Joëlle Riboni étant au pays depuis longtemps ne découvrait pas ce contexte, elle connaissait les difficultés qu'il y aurait à faire exister la limonaderie à côté de l'Estive. Mais pour elle ce qui pouvait être un empêchement est au contraire un avantage.Ce n'est pas parce que l'on n'a pas de visibilité que l'on est mauvais dit-elle...je crois qu'elle veut dire que c'est justement ce manque de visibilité qui permet d'être bons et créatifs ! Joêlle Riboni précise : à Foix il y a un réel besoin d'avoir un lieu de création. 

 Small is beautiful... une petite salle est vite remplie, ce qui conduit à ne pas se préoccuper, outre mesure, de la billetterie et de se consacrer  à l'essentiel : la création. Depuis un an la Limonaderie s'emploie à développer une culture à taille humaine qui tient compte des singularités locales, une culture populaire faite par les gens du pays. Tous les jours de l'année, sous forme de stages, d'ateliers,  de spectacles divers, la Limonaderie infuse un esprit créatif dans le tissu social auquel elle adhère.Comme son nom l'indique, c'est une scène où règne l'effervescence. En outre, en affirmant qu'elle est un décapsuleur d'énergie, la Limonaderie signifie que pour elle, le spectateur ne doit pas rester passif mais qu'il peut, à son tour, devenir acteur en libérant son énergie.Par exemple il peut prendre part à la controverse du mois...sur un sujet polémique exposé par deux contradicteurs, le spectateur ayant choisi un point de vue, vient argumenter devant les autres . Chaque chose appartient à qui l'améliore disait Brecht. il semble que l'esprit brechtien souffle sur la limonaderie et espérons qu'ils seront nombreux ceux qui se satisferont de ce nouveau souffle. (www.lalimonaderie.fr)

Lundi 12 mars 2018, rencontre à Alès avec Anne Françoise Volponi, sociologue

Le but de cette rencontre était d'évaluer la possibilité d'un rapprochement entre Passim et les cahiers du Momamômo...L'action culturelle étant aussi un instrument de la cohésion sociale et jouant un rôle important dans la structuration des territoires .

 Anne Françoise Volponi est l'animatrice de Passim, laboratoire associatif qui développe une recherche en sociologie participative. Passim est aussi une association loi 1901, créée en 2002 à la demande d'un regroupement de citoyens, d'élus locaux, d'artistes, de chercheurs et de travailleurs sociaux. Dans un document de présentation on peut lire que Passim offre l'opportunité à tous les protagonistes concernés par une problématique sociale , de la co-production d'un bien commun, réflexif et opérationnel, d'un vivre ensemble partagé à l'échelle d'un territoire de pratiques. La plus -value de cette approche est sa dimension médiatrice, y compris jusqu'à la gestion de conflit, sociologiquement considéré comme socialisant. 

Mercredi 21 mars, rencontre avec Guillaume, de la Nouvelle Dimension, association de cinéma à Florac (48)

Si les vidéoclubs se font rares en France (puisque selon certains il n'en resterait qu'une trentaine contre trois mille autrefois) paradoxalement on en trouve un dans le département le moins peuplé de France, en Lozère et à Florac exactement. Dans cette petite ville de deux mille habitants, la Nouvelle Dimension fait de la résistance et tient le choc face aux nouvelles manières de voir des films. Effectivement ce lieu ne semble pas destiné aux cinéphages dévoreurs de blockbusters mais plutôt aux cinéphiles  soucieux d'élargir leur culture cinématographique. Il n'est qu'à voir le catalogue que propose l'association: 4500 titres en location ou à la vente, comprenant des classiques, certes, mais surtout des films provenant de producteurs indépendants qu'on ne trouve pas sur internet.

Le tour de force de La Nouvelle Dimension est d'avoir imaginé un comptoir vidéo accessible à tous et  offrant un large choix.  Pour être accessible la culture cinématographique doit être familière, faire partie de la vie quotidienne...un vidéoclub c'est comme une boulangerie, toutes les catégories sociales s'y croisent dit Guillaume. De fait la boutique de la Nouvelle Dimension s'ouvre sur la rue, on y entre volontiers pour regarder une exposition, pour discuter accoudé au bar ou pour lire un magazine cinématographique. Ici il n'y a pas de clients mais des adhérents. C'est cette hospitalité qui permet de dispenser des conseils, car l'éducation à l'image est la grande affaire de la Nouvelle Dimension: apprendre à avoir un regard différent sur l'espace géographique et historique dans lequel on vit ,  par tous les moyens (projections découvertes, ateliers ou stage cinéma, apéro DVD, conférences...) et auprès de tous les publics,
Ne pas voir les choses par le petit bout de la lorgnette c'est aussi voir la France de l'autre côté de l'océan. La Nouvelle Dimension organise chaque année au mois d'avril le festival 48 images seconde qui est un rendez-vous avec le cinéma québécois et la francophonie. Le programme fait comprendre qu'on n'a pas à faire à du mainstream mais à une nouvelle dimension du cinéma. Un positionnement qui explique que le festival bénéficie du label France-Québec décerné par le centre national du cinéma et par le ministère de la culture du Québec. Et tout ça avec modestie: ici en zone rurale on peut faire beaucoup avec peu dit Guillaume. Excusez du peu ! Car ce peu serait encore trop peu sans l'envie d'entreprendre qui ne peut grandir autant qu'en zone rurale  où d'ordinaire il ne se passe pas grand chose.
(www.lanouvelledimension.fr)

Affiche 2018  festival 48 images secondes

le vendredi 20 avril 2018, Entretien avec Sandrine Pot de l'Archa des Carmes (Arles)

Incontestablement Arles est un haut lieu de l'industrie culturelle. Albert Thibaudet n'y reconnaitrait plus sa république du soleil tant Arles est devenue l'empire des signes, un lieu de profusion et de saturation où tout est planifié pour faciliter le consumérisme culturel. Face à cette déferlante du tourisme culturel comment promouvoir à contre-sens, la rareté culturelle ? Comment préserver un lieu à-part comme l'Archa des Carmes ? une librairie-galerie, ouverte depuis trois ans, où la poésie a trouvé refuge.

Sandrine Pot dit : résister, j'essaie mais c'est trop énorme. D'après elle, ceux qui arrivent là sont des audacieux, des aventuriers. Effectivement même si l'Archa des Carmes se trouve en plein centre ville, il faut avoir envie de s'aventurer dans cet embouteillage culturel et savoir s'en extirper pour venir se poser dans ce lieu inattendu. L'Archa des Carmes n'est pas une librairie généraliste ni même un lieu marchand, en prise directe sur l'actualité...plutôt un lieu de rencontres et d'échanges, un lieu où l'on aime venir pour se singulariser.

Mais pendant combien de temps Sandrine Pot pourra-t-elle faire entendre cette petite musique avant que celle-ci ne soit couverte par le bruit ambiant assez étourdissant ? Je suis très endurante dit-elle. À l'entendre il peut se passer beaucoup de temps avant que l'industrie culturelle ne lui fasse plier boutique. À n'en pas douter son endurance est extrême , mais celle des autres ?

D'aileurs une incertitude que Sandrine Pot présuppose quand elle ajoute que l'Archa des Carmes durera tant qu'il y aura des êtres humains. C'est à dire des passants qui ne feront pas que passer. Des êtres humains qui ressentiront le désir de s'extraire d'un embouteillage culturel, qui seront capables de prendre des chemins de traverses plutôt que de suivre moutonnièrement les fléchages culturels. Mais le grand troupeau de visiteurs sans âmes n'est-il pas déjà aux portes d'Arles ? 

Archa des carmes 2 2
Archa des carmes 2 1

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